L’ortie, une herbe pas si mauvaise…

Ortie, Urtica dioïca (Urticacées)

Voici qu’en ce printemps – pas très beau, je l’avoue –  je vous parle d’une plante phare dans la pharmacopée végétale, qui a été utilisée il y a de cela bien des siècles et fait aujourd’hui, autant d’émules tant ses valeurs thérapeutiques et nutritionnelles sont importantes. Elle a déjà bien pointé le bout de son nez depuis les premières montées de températures, l’ortie envahit désormais nos jardins.

Petit horizon d’histoire :

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet (la thérapeutique à proprement parler), parcourons brièvement les siècles et observons quelle était sa valeur, aux yeux des anciens.

C’est depuis la Préhistoire que l’ortie est consommée tel que n’importe quel autre aliment.
Dioscoride, médecin grec de renom du Ier siècle de notre ère la connaissait bien. Il en distingue d’ailleurs deux espèces, selon la taille des feuilles.

Il avait déjà compilé quelques propriétés thérapeutiques que notre siècle confirme : notamment sa vertu diurétique.

Galien, médecin lui aussi de renom, du IIème siècle, et père de la pharmacologie s’était également penché sur l’ortie, en distinguant les mêmes propriétés que son prédécesseur que nous venons de nommer.

Au Moyen-âge, l’ortie n’est pas absente des manuscrits médicaux. L’abbesse Hildegarde de Bingen conseille les graines d’ortie contre les maux d’estomac, les maladies liées à la rate ainsi que les maux de tête.

Après une période d’oubli au XIXème siècle (période où les populations se soignent de plus en plus par la chimie de synthèse), le Dr Cazin, célèbre pour ses travaux réhabilitant les plantes médicinales remet sur le tapis, les vertus de l’ortie. Plus tard, Maria Treben en fera autant dans sa Santé à la pharmacie du bon Dieu.

Néanmoins, l’ortie a peu à peu perdu du terrain dans les « mentalités médicales ». La considérant principalement comme une mauvaise herbe dont le caractère brûlant et urticant provoque la méfiance chez les Hommes, l’ortie se voit peu à peu oubliée voir violemment arrachée du sol des jardins, pour laisser place nette aux hortensias et primevères.

Peu à peu, et ce depuis quelques décennies, l’ortie se voit redécouverte, notamment à travers des actions venant d’associations visant à défendre les droits de l’ortie (ex : Les amis de l’ortie). En effet, depuis très longtemps, l’ortie est utilisée en « purin » afin de donner un coup de pouce végétal… aux végétaux. Cependant, une loi récente interdit la production de ce purin, en faveur des industries phytosanitaires.

Le sentiment d’injustice prend alors les devants et des campagnes d’informations autour de l’ortie voient le jour. Ces actions permettent au public de comprendre ce qu’est réellement l’ortie, une plante amie avec qui il serait bon de se réconcilier. Mais nous verrons cela plus en détails plus tard dans cet article.

Aperçu botanique et récolte:

Nous distinguerons deux orties qui seront toutes deux utilisées en phytothérapie.
La grande ortie (Urtica dioïca L.) et la petite ortie (Urtica urens). Ces deux orties ont les mêmes propriétés. Le terme « urtica » vient du latin « urere : brûler », compte tenu de son caractère urticant, brûlant au contact de la peau.

Elles font partie des Urticacées, elles sont annuelles ou vivaces, leurs feuilles sont opposées, leurs fleurs sont d’un vert pâle disposées en grappes. Les feuilles sont ovales, souvent plus longues que larges. Sur l’ensemble des parties aériennes, on trouve des poils qui contiennent la fameuse substance urticante lorsqu’ils pénètrent dans la peau.

Aucune méthode de culture n’est réellement nécessaire, l’ortie pousse allègrement n’importe où.
Néanmoins, pour la récolter, il faudra veiller à ce que l’ortie n’ait pas été exposée aux pollutions (proximité routes, usines etc.). Elle peut se récolter n’importe quand dans l’année, mais on privilégiera le printemps. Attention lorsque vous allez la récolter, il est préférable d’utiliser des gants de jardinage, afin d’éviter toute brûlure. Pour le séchage, optez pour un séchage rapide dans une pièce chaude et sèche.

Propriétés thérapeutiques :

Venons-en désormais à ses nombreuses propriétés.

L’ortie est un excellent tonique et astringent, elle active les fonctions digestives (stomachique et draineur hépatique). Elle peut être utilisée contre le diabète. Elle est dépurative (action diurétique).

L’ortie présente une action très intéressante contre les rhumatismes ainsi que l’arthrite, grâce à sa richesse en minéraux (silice et calcium).

Étant riche en fer, l’ortie sera particulièrement appréciée contre les états anémiques.
L’ortie permet également d’augmenter la production de lait chez la mère, elle est galactogène.

Sa décoction est très utile dans les affections cutanées, type eczéma, psoriasis, ou même lichens, grâce à sa teneur en soufre.

Le suc frais (à défaut, la décoction) peut servir à soulager les aphtes ainsi que les gingivites.

Enfin, l’ortie se révèle intéressante pour fortifier le cuir chevelu et les cheveux, ainsi que pour lutter contre les pellicules.

Attention tout de même. Il semblerait qu’une surconsommation d’ortie entraine une réduction significative des urines.

Comment on s’en sert ?:

Différents procédés permettent de mettre en œuvre l’ortie. D’un point de vue culinaire on pourra préparer l’ortie comme les épinards, mais également en soupe ou façon pesto.

L’ortie pourra être préparée en infusion, ou en décoction, cataplasmes etc. Mais également administrée sous forme de gélules, ou encore en sirop (cette dernière préparation fera l’objet d’un article à part entière).

Enfin, l’ortie pourra être préparée en teinture.

Conclusion :

Que pouvons-nous retenir ? Que l’ortie est loin de nous vouloir du mal, et qu’il serait bon de lui redorer le blason en la laissant s’épanouir dans nos jardins, afin de pouvoir profiter de ces diverses propriétés. Propriétés diverses, oui, car comme nous l’avons vu plus haut, l’ortie gère un certain nombre de problèmes de diverses sphères : digestives, cutanée, buccale etc.

De plus, son caractère « envahissant » nous incite à ne surtout pas hésiter à la récolter afin de bénéficier de tous ses bienfaits tout au long de l’année.

L’Apothicaire.


Sources :
– Jean Valnet, La phytothérapie. Se soigner par les plantes.
– Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France.

Images:
– L’Apothicaire
– Wikipédia.

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