Quand les biscuits bretons rencontrent Hildegarde.

MelissaSF - Copie
Titre pour le moins curieux pour cet article à la fois culinaire et médicinal. En effet, de quel apport médicinal vais-je bien parler ? Nous le verrons un peu plus bas dans l’article, pas de panique. 😉

Et puis quel rapport entre les biscuits bretons et Hildegarde de Bingen ?

Arrêtons-nous un instant pour en apprendre un peu plus sur cette Hildegarde.

Hildegarde de Bingen est une abbesse du XIIe siècle qui a écrit quelques œuvres passées à la postérité. C’est avant tout une abbesse et à ce titre, ses œuvres concernent principalement des sujets spirituels chrétiens.
Mais, notre bonne abbesse était bien plus qu’une simple pieuse. Elle était également très douée dans l’art de la médecine. En effet, en plus d’écrire sur la spiritualité chrétienne, Hildegarde a écrit entre autres sur la médecine par les plantes et les pierres.

Hildegard+von+Bingen+wfSelon la tradition, elle recevrait son savoir principalement par visions. Oui, Hildegarde de Bingen est une mystique et ne s’en cache pas. Que ce soit ses réflexions sur la religion, ses œuvres sur les chants et la musique, ou encore sur la médecine, la moniale est avant tout le réceptacle des Révélations que Dieu lui insuffle.

Hildegarde est issue de bonne famille (noble), elle n’est de ce fait ni analphabète, ni illettrée. Elle recevra le savoir que reçoivent toutes les femmes nobles des couvents. Je ne sais pas avec exactitude ce qu’il lui a été enseigné. Mais, mes années de faculté d’Histoire (spécialisées dans le Moyen-âge) m’ont apprit que la Grammaire, la Rhétorique, la Dialectique, les Mathématiques, la Musique, le Droit et la Médecine font partie des matières couramment enseignées aux nobles (aux hommes, tout du moins) en plus des apprentissages de prières et autres textes sacrés.
Il est donc fort à parier que, quand bien même elle ait reçu l’inspiration de Dieu, elle ait étudié une grande partie de ces matières.

Pour ce qui est de la médecine, Hildegarde de Bingen a écrit un certain nombre de remèdes et de choses à respecter pour quiconque souhaite recouvrer la santé, et donne les bonnes conduites à tenir pour ceux qui voudraient la préserver. En outre, quelques petits plus viennent s’ajouter pour ceux qui souhaiteraient avoir un petit coup de pouce dans le quotidien (aujourd’hui  on appelle ça les « compléments alimentaires » ^^ ).

Elle passe en revue pas mal de choses, les plantes, les minéraux, le miel, mais aussi les animaux, les formules magiques à utiliser pour guérir etc. Bref, on l’aura compris, Hildegarde aime la médecine et l’enseigne comme un  véritable « praeceptor ».

Je suis tombé l’autre jour que je lisais l’ouvrage de Gottfried Hertzka, La petite pharmacie domestique de Hildegarde de Bingen, sur une recette de biscuits à faire avec de cannelle et de la muscade.  Je vous donne la recette que l’auteur à récupéré de chez Hildegarde :

« Composition : noix de muscade, cannelle, œillet, (œuf), eau, farine, sucre. »

Le fait que l’œuf soit entre parenthèse peut supposer qu’il n’y figurait pas dans la recette originale. Curieux biscuit que voilà. J’ai tenté de les faire, la difficulté résidait dans les dosages, car dans le livre, aucune indication sur les doses n’est notée.  Il en a résulté des biscuits très secs, et difficilement mangeables je dois l’avouer.

J’ai donc pris mes libertés et j’ai préféré m’orienter vers un biscuit qui soit délicieux à déguster. Mon choix n’a pas été très difficile. Un des biscuits que j’adore, c’est le palet breton… miam miam !

Hormis la base, rien ne change… ou presque !
J’ai bien de la noix de muscade, de la cannelle, mais je n’ai pas d’œillet. Surtout qu’aujourd’hui, on trouve principalement des variétés d’œillets, qui doivent être bien différents dans leur essence, aux œillets sauvages que pouvait utiliser Hildegarde.
Je me suis alors penché vers autre chose, à savoir, l’élixir d’œil de tigre ! Vous avez bien entendu, lu.
L’œil de tigre va dans le même sens que les épices employées ici.

Mais d’ailleurs, j’oubliais de parler de l’objectif de ces biscuits !
Le livre mentionne que ces biscuits ont été conseillés par Hildegarde afin de traiter les neurasthénies, le manque d’énergie, la fatigue scolaire, la perte de l’odorat et du goût, la tristesse ainsi que la « maladie des nerfs ».

L’œil de tigre permet justement d’aider les étudiants dans leur apprentissage mais les autres également en redonnant de l’énergie et de la motivation. Cette pierre dynamisante permet d’équilibrer les forces Yin et Yang en nous, permettant par là même d’assouplir les nerfs trop tendus ou au contraire, les tonifier. Elle va tout autant avoir un effet contre le stress.

A propos des épices utilisées, il faut savoir que la muscade a des vertus toniques, notamment au niveau du cerveau. En revanche, il ne faudra pas la surdoser, car à forte dose, celle-ci est mortelle.
Quant à la cannelle, elle est un tonique général. On est donc là en présence d’un duo d’épices très intéressant.

Maintenant que le contexte est établi (trêve de bla bla, vous pouvez le dire ^^), venons-en à la recette :

Ingrédients : 181220121393 - Copie

– 2 jaunes d’œufs
– 80g de sucre de canne
– 80g de beurre pommade demi-sel (maison, si vous le souhaitez 😉 )
– 140g de farine
– ½ sachet de levure chimique (ou de bicarbonate de soude)
– 2 cc rase de cannelle en poudre
– 1 petite cc rase de muscade en poudre
– 5 à 10 gouttes d’élixir d’œil de tigre

Pour ceux qui n’auraient pas de levure chimique, comme cela a été le cas pour moi, vous pouvez vous reporter sur du bicarbonate de soude (la levure chimique en étant principalement composée).

En haut, le mélange jaune d’œuf/sucre. En bas, l'ajout des épices dans l'appareil.

En haut, le mélange jaune d’œuf/sucre. En bas, l’ajout des épices dans l’appareil.

Pour commencer, mélangez le sucre aux jaunes d’œufs. Une fois bien mélangé, ajoutez la farine, le beurre ainsi que la levure chimique/bicarbonate de soude. Et mélangez bien. Vous pouvez utiliser un robot, ou pétrir la pâte avec les mains. Faites en sorte que tout soit bien homogène. Une fois votre pâte obtenue, ajoutez les épices ainsi que l’élixir puis continuez à bien mélanger afin que vos ajouts soient bien dispersés. Vous obtiendrez une pâte brune.

Une fois fait, vous avez le choix entre former un boudin de pâte dans du film transparent, ou former un rectangle, toujours dans du film transparent.
C’est comme vous le souhaitez. Si vous voulez obtenir des palets bien ronds, alors ce sera le boudin que vous formerez. Si vous voulez obtenir des sortes de petits cubes (comme j’ai fait), façonnez un rectangle bien fait.

Vous allez laisser reposer la pâte durant 1 à 2h au frigo afin de la faire durcir. Cela est important si vous souhaitez ne pas avoir de difficultés à former vos palets ou vos cubes.

Après avoir façonné selon la forme désirée, vous pouvez enfourner dans un four préchauffé à 170°C. N’oubliez pas de déposer vos sablés sur une feuille de cuisson. Enfournez pendant à peu près 15 minutes.
Après votre fournée, laissez bien refroidir les sablés afin qu’ils se solidifient un peu, histoire qu’ils ne s’affaissent pas sous vos doigts.

Il ne vous reste plus qu’à conditionner vos petits sablés.

Joindre l’utile à l’agréable:

Ces sablés sont tout simplement divins ! Faciles et rapides à faire, ils pourront vous donner un petit coup de fouet dont on a bien besoin quand on se sent fatigué et que l’on doit tout de même assurer dans la journée ! A la fois utile pour les étudiants qui sont ou seront en période de révisions/exams, mais aussi pour tout le monde, ces petits sablés peuvent se consommer plusieurs fois dans la journée, dès qu’un « coup de pompe » se fait sentir. Ne soyez pas trop gourmand non plus, ce ne serait pas très raisonnable!

L’Apothicaire.
AntoSF - CopieImage Hildegarde: frauengeschichtsverein.de

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2 commentaires pour Quand les biscuits bretons rencontrent Hildegarde.

  1. Marie dit :

    Oh, c’est marrant, je fais plus ou moins les mêmes contre la neurasthénie, mais je ne mets pas d’œil de tigre (c’eût été étonnant) mais de la graine de pavot (du jardin).
    Or, sache que le pavot est fréquemment appelé œillet dans le nord, et il est plus que probable que les traduction d’Hildegarde von Bingen aient été faite par une personne originaire du nord, plus proche de l’Allemagne.
    Petit mystère résolu, la variété d’œillet de cette recette serait donc en fait… du pavot!

  2. L'Apothicaire dit :

    Bonjour Marie, merci de ta visite Chez L’Apothicaire. 😉

    L’œillet, de la graine de pavot? Après une petite recherche, en effet, tu as résolu le mystère!
    Moi qui suit du Nord, je n’avais même pas connaissance de cela, merci. 🙂

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