La phytothérapie, une pratique à l’aube de l’Humanité.

Apoth1

La page Facebook de l’Apothicaire a dépassé les 100 fans (merci !), alors pour l’occasion, je vous rédige un « petit » article général sur la phytothérapie.
Cette article survient un peu tard dans le blog, mais peu importe, l’important c’est qu’il soit là.

A travers cet article, j’avais envie de faire découvrir la phytothérapie pour celles ou ceux qui ne sauraient pas trop ce que c’est, ou pour redécouvrir pour les autres. 😉
Je commencerai par traiter les origines de la phytothérapie jusqu’à nos jours puis aborderai la « tendance » à la phytothérapie dans nos sociétés. Enfin, je terminerai l’article sur certains points concernant la législation qui entoure la phytothérapie puis les différentes possibilités qu’offre ce domaine.

Le soin par les plantes, à l’aube de l’Humanité.

Le soin par les plantes est une pratique lié à la volonté de survie des Hommes. Ils étaient, à l’aube de l’humanité, exposés aux divers dangers  présents dans la nature et se devaient de se maintenir en vie. D’abord grâce à l’alimentation (cueillette et chasse), et parallèlement par le soulagement des maux : blessures, douleurs et maladies.
Ils ont ainsi, millénaire après millénaire, appris à connaître et comprendre l’environnement qui les entoure. Les plantes deviennent alors un outil efficace pour se préserver et se soigner.

Les premières grandes civilisations verront des hommes se spécialiser dans cette connaissance, bien que la plupart des gens sache utiliser les plantes. L’Egypte a notamment excellé dans le domaine de la médecine. Pour les égyptiens, la médecine et la magie vont de pair. Le prêtre peut alors être médecin et vice versa. La maladie est vue comme un démon qu’il faut chasser par les plantes et les litanies.
Une multitude de plantes feront leur pharmacopée. Des papyri l’attestent. Nous pouvons citer le papyrus Ebers, ou encore Edwin Smith.

Mais, aux côtés de l’Egypte, la Grèce et Rome n’étaient pas en retard pour ce qui est de la médecine. En effet, les grecs et les romains avaient cette soif de connaissances et de sciences qui leur a permis certaines avancées, ou tout du moins, d’en apprendre toujours plus sur l’Homme et les maladies qui peuvent l’atteindre. Quelques grands auteurs de l’Antiquité nous ont laissé quelques travaux qui sont d’ailleurs toujours étudiés aujourd’hui. Nous citerons à titre d’exemple, Hippocrate, père de la médecine, Pline l’Ancien et son Histoire naturelle, Dioscoride et sa Matière médicale ou encore Galien, père de la pharmacie.

Ces savants cherchent à comprendre le monde végétal et les bienfaits qu’ils peuvent en tirer. Des bienfaits qu’il faut nécessairement lier au corps des Hommes. Les connaissances concernant l’anatomie se précisent.
Ces auteurs auront d’ailleurs une grande influence au Moyen-âge. En effet, les savants médiévaux se baseront sur les travaux antiques, tels que ceux d’Hippocrate ou de Galien.

Tulipes1Mais au-delà du bassin méditerranéen, la science des plantes médicinales est également très avancée en Asie. Je pense notamment à l’Inde et la Chine qui développent respectivement l’Ayurvéda et ce qu’on nomme aujourd’hui, la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC).
Mais leurs connaissances parviendront peu sur le pourtour méditerranéen, il faudra attendre que les Arabes commercent avec eux pour voir un échange de connaissances médicales se faire entre ces deux mondes.

Le Moyen-âge n’est pas si obscurantiste qu’on le croit. En effet, la science se développe considérablement, et notamment par le biais des savants Arabo-persans. Ceux-ci ont accès aux connaissances grecques que les occidentaux avaient délaissés. Ils les traduisent, les étudient et même innovent dans certains domaines.
Nous pouvons citer des savants tels qu’Avicenne ou encore Averroès, Rhazès et Abulcasis.
De la pharmacologie emprunte de galénisme à l’anatomie en passant par l’embryologie et l’ophtalmologie, les arabes contribueront énormément au développement de la science médicale.
Leurs travaux seront traduits en latin (notamment par le biais des Juifs d’Espagne) et feront des émules de l’autre côté des Pyrénées.
La pharmacopée des Hommes s’élargit et de plus en plus de plantes seront étudiées (par empirisme notamment) pour parfaire les connaissances traditionnelles déjà acquises.

Ne nous limitons pas aux Arabes pour la période médiévale. Les chrétiens occidentaux ont également apporté de nombreuses connaissances médicales pour l’Occident. Hildegarde de Bingen (XIIe), célèbre abbesse devenu sainte récemment, passera à la postérité grâce aux travaux qu’elle effectuera. Au côté de ses réflexions religieuses, de ses travaux musicaux elle développera une science médicale basée sur les humeurs (issue des théories hippocratiques). Elle écrira sur les maladies et leurs causes, mais également sur ce qui permet de les soigner. Elle donnera de bons conseils d’hygiène de vie et ne se lassera pas de vanter les mérites de certaines préparations végétales. Ses œuvres (comme le Causae et curae) sont encore utilisées de nos jours chez les partisans du bien-être au naturel.

Plus tard (XVIe), Paracelse révolutionnera les connaissances médicales. Il étudie sérieusement les théories et pratiques qui se faisaient jusqu’alors. Paracelse réfutera la théorie des humeurs qui était bien ancrée dans les mentalités médicales. Il va donner à la médecine un caractère alchimique qui s’étudie toujours aujourd’hui (chez les partisans de la spagyrie). Il considérait la maladie comme étant d’origine chimique. Il usera des connaissances alchimiques pour traiter « chimiquement » (à ne pas confondre avec les produits de synthèse, qui n’existaient pas à cette époque) les maladies.
Il reste célèbre pour une locution passée à la postérité : « La dose fait le poison ». Il énonce cela lorsqu’il conseille et encourage l’utilisation des plantes toxiques à hautes doses, mais salvatrices à petites doses. Certains y voient là les prémices de l’homéopathie, mais ceci est un autre débat.

Enfin, pour terminer ce tour d’horizon chronologique (ne faisons pas dans le détail, ce n’est Centaureapas l’objet ici), nous passerons directement à l’époque contemporaine (à partir du XIXe) pour comprendre l’évolution de la médecine végétale.
Le XIXe est le siècle de l’évolution des techniques et des savoirs (cf Révolutions industrielles). Les recherches concernant la chimie se précisent et l’apparition de la « synthèse » se fait à la fin du XIXe. Les Hommes synthétisent des molécules parce qu’ils pensent que les molécules originales (végétales) ne peuvent être obtenues en quantité suffisante ou que les synthétiques sont moins chères (mais ce ne sont pas les seules raisons), ou même, qu’elles n’existent pas dans la nature, mais qu’elles sont nécessaires.
Cette révolution aura  des conséquences majeures pour l’humanité (principalement : les pathologies iatrogènes). Cependant, il faut admettre que cette science a permis une amélioration des soins médicaux.
Le problème principal concerne le savoir traditionnel sur les plantes médicinales qui se perd peu à peu parce que les savants et les peuples les considèrent comme venant d’un âge primitif et donc à mettre de côté.
Cependant, certains scientifiques feront tout pour préserver ce savoir, comme le médecin Cazin ou le docteur Valnet. Ceux-ci (avec d’autres) contribueront à la recherche sur les plantes médicinales et écriront quelques œuvres qui permettront une diffusion plus large du savoir concernant ces plantes.
Aujourd’hui, la phytothérapie se fait une place de plus en plus grande dans les mœurs, analysons brièvement pourquoi.

La phytothérapie : philosophie, mouvance ou art de vivre ?

Comme je le disais, la phytothérapie est de plus en plus présente. Mais pourquoi ?
Notre siècle est particulièrement marqué par l’émergence d’une pensée écologique et environnementale. L’Homme devient celui qui doit se sauver de lui-même. Il a gaspillé et souillé la Terre mais aussi son propre corps par le biais des nouvelles façons de vivre : une nourriture raffinée et peu naturelle ainsi que des soins (préventifs et curatifs) issus de la synthèse. Les Hommes ont pris conscience que leur corps (naturel) n’est peut-être pas fait pour recevoir autant de produits synthétiques et qu’il a plutôt intérêt à prendre soin de lui par ce qui lui ressemble : la nature (les plantes, principalement).

ChelidoineIl y a donc tout un courant de pensée derrière la phytothérapie : l’Homme est un être naturel au même titre que tous les autres êtres vivants (faune & flore). Pourquoi devrait-il se gaver de synthétique ? De non naturel ? Et quelles conséquences cela peut-il avoir ?
Quelques scandales ont éclatés : le Médiator a provoqué quelques vagues incontestablement manifestes. Récemment, la pilule contraceptive a tout autant défrayé la chronique. Je ne les citerai pas tous, mais ils incarnent ces conséquences évidentes.

Cette prise de conscience avantage la phytothérapie. Les gens se tournent à nouveau sur ce qui a fait réellement ses preuves. Non pas sur des boîtes de Pétri, mais sur les Hommes, à travers les millénaires et les civilisations.
Quelques pays résistent à cette vague, officiellement. La France en fait partie, mais nous en parlerons plus tard.
Néanmoins, c’est un fait : la phytothérapie séduit. Le naturel est partout : publicités, émissions télé, reportages, journaux, internet. Il y a presque une mode qui s’est faite autour des plantes.
Du bobo à l’ouvrier, en passant par l’humble ménagère, la phytothérapie se découvre et séduit de plus en plus de monde, toutes tranches d’âges confondues.

Mais la phytothérapie est plus qu’une mode, c’est une manière d’aborder la vie. C’est un choix que se font les gens. Au même titre qu’une philosophie de vie, la phytothérapie se place sur de nombreux niveaux : agriculture naturelle (ou biologique), qualité des produits,  opposition au gaspillage des ressources naturelles,  protection de l’environnement, développement personnel et autonomie sur certains soins (préventifs, notamment).

La phytothérapie, au cœur des débats actuels, voit derrière elle de sérieux détracteurs prêts à tout pour l’étouffer.

Quand la Loi se met au service des lobbies…

Un triste constat doit être fait. La phytothérapie n’est pas une pratique libre en France.
Depuis 1941 (oui… depuis Pétain…), seuls les pharmaciens sont autorisés à vendre des plantes en déclarants leurs propriétés médicinales. Pour les autres : 148 plantes en vente libre (depuis 2008) et motus et bouche cousue sur leurs propriétés.

Et pourtant, les pharmaciens ne connaissent pas bien les plantes. Ils en vendent tout de même parce qu’il y a de la demande, mais pas plus. Le gros de leur chiffre d’affaires se fait sur les molécules de synthèse.
Et pourquoi ? Parce que ces molécules sont brevetées et qu’il faut bien que les laboratoires rentabilisent : il faut vendre. Les pharmaciens (pas tous, Dieu merci…), véritables pions de ces industries-lobbies, vendent préférentiellement ces molécules…

Comment faire alors, pour trouver un herboriste en France qui puisse proposer des plantes Ortiepour aider au traitement d’un problème ? C’est une bonne question. Officiellement, personne ne peut faire ça à part un pharmacien (ignorant souvent la phytothérapie), comme nous venons de le voir.
Mais dans les faits, c’est une autre chose. Il y aura toujours des gens pour conseiller sur les plantes médicinales et apporter ainsi un savoir pertinent à quiconque désire une information de qualité.
Quelques formations en France (à Lyon et à Paris notamment) permettent de former des personnes à cela. Mais le diplôme qui en résulte n’est pas reconnu par l’État français.

On peut espérer un changement de la législation sur la vente des plantes médicinales. Mais cela n’est qu’un doux rêve pour le moment.
Jean-Luc Fichet, sénateur du Finistère, a proposé une loi en faveur d’une reconnaissance d’un diplôme d’Herboriste afin de mieux contrôler la qualité du service que propose ce secteur actuellement. Mais aucune suite à ce jour. Cette proposition refusée, la phytothérapie est dans l’impasse.
Les lobbies pharmaceutiques sont particulièrement puissants en France et pour l’instant, l’État ne fait que suivre ce qu’imposent ces lobbies (moyennant quelques billets).
Il serait vraiment dommage d’attendre que des scandales, pire que ce nous avons connu, explosent pour relancer le débat qui opposent les herboristes et les labos pharmaceutiques.
C’est véritablement le choix de notre santé qui est en jeu, ainsi que les connaissances ancestrales qui sont menacées.

Que propose la phytothérapie ?

CèdreLa phytothérapie propose de multiples façons d’utiliser les matières végétales.
Tout d’abord, la phytothérapie est une science qui s’inscrit parfaitement dans une logique de bien-être.

Les plantes sont utilisées pour préserver notre santé et améliorer notre métabolisme au quotidien : prévention des désordres, rééquilibrage, détoxication, réduction du stress,  vitalité etc. : il s’agira donc d’une médecine de terrain, qui à part la prévention, permet de traiter les pathologies fonctionnelle. C’est-à-dire, qui ne sont pas liées à des lésions organiques, mais à un « simple » dérèglement.

Les plantes sont également utilisées de façon à préserver notre corps des diverses altérations possibles via les soins du corps en tout genre.

Elle peut tout aussi bien traiter les symptômes, mais le principe reste quand même de traiter la cause.

Diverses méthodes mettent en scène les plantes. La galénique nous l’illustre : tisanes, décoctions, macérâts en tout genre, crèmes et gélules etc. Nous verrons cela plus en détails dans un autre article, spécialement dédié.

Bien sûr, vous pouvez tout à fait vous en remettre à des préparations toutes faites, mais l’idée, à travers ce blog, c’est que chacun puisse se réapproprier notre patrimoine végétal. Un patrimoine que l’on pourra illustrer à travers une mise en pratique « maison », sans que ce soit trop complexe.

La phytothérapie est une pratique des Hommes, qui remontent à la nuit des temps. Aujourd’hui, nous en sommes les dépositaires. A nous de préserver ce patrimoine, tant pour notre bien-être personnel que celui de l’Humanité, tout en gardant à l’esprit les enjeux environnementaux qu’il incarne.

L’Apothicaire.

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2 commentaires pour La phytothérapie, une pratique à l’aube de l’Humanité.

  1. nature dit :

    Super article, bien documenté, j’ai appris plein de choses merci

  2. L'Apothicaire dit :

    Merci nature pour ton commentaire qui me fait plaisir ! 🙂

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