La galénique, formules d’Herboriste.

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Après avoir élagué quelque peu le domaine qu’est la phytothérapie, nous allons passer en revue quelques notions qu’il est important de connaître.
Dans ce blog, je transmets un certain nombre d’informations concernant les plantes médicinales, les huiles essentielles et autres matières naturelles. Quelques fois, je vous partage des recettes éprouvées à travers quelques pas à pas.

Ce blog se veut en effet pragmatique : de l’information théorique, mais qui puisse être mis en pratique par tous. A ce titre, je ne préfère pas m’engager dans des formulations complexes et des pratiques difficiles à mettre en œuvre.

Dans cet article, nous allons aborder une facette de l’herboristerie : la galénique.
Ce terme vient du célèbre savant grec Claude Galien, considéré comme le père de la pharmacie et célèbre pour son Cérat toujours réalisé aujourd’hui. Il écrit en effet sur les diverses façons de faire prendre les médications.

Car la galénique se résume effectivement en ceci : La transformation des plantes en vue d’une absorption des principes actifs par différentes voies (orale, sublinguale, cutanée et olfactive principalement). Les formes d’absorption seront judicieusement choisies.

Concernant le matériel : préférez un matériel en inox, céramique, verre ou émail. Évitez tout autre métal, bois ou pierres poreux.

Commençons alors le descriptif des procédés de transformation.

INFUSION :
L’infusion est une préparation liquide buvable. Elle se réalise en versant de l’eau frémissante (± 80-90°C) sur une drogue sèche ou fraîche. Une fois l’eau versée, il est préférable de couvrir le récipient qui contient l’eau et la plante. Le temps d’infusion varie entre 5 et 10 minutes avant de filtrer.
La posologie à observer dépend des indications fournies par le professionnel, le revendeur ou l’emballage.
On aura recours à l’infusion pour les parties fragiles des plantes : feuilles et sommités fleuries principalement.

DÉCOCTION:
La décoction consiste à placer une plante dans une casserole (émaillée ou en inox) d’eau froide. Cet ensemble sera porté à ébullition. Dès que l’ébullition est atteinte, il faudra laisser bouillir entre 2 et 10 minutes à couvert en baissant légèrement le feu. Le temps d’ébullition variera en fonction de la plante et de la partie utilisée. La décoction sera le filtrat.
La décoction est une méthode utilisée pour les parties dures des plantes : tiges, écorce, graines, racines et rhizomes.

TEINTURE OFFICINALE :
La teinture officinale est une macération de plantes (fraiche ou sèche) dans un solvant, entre 3 et 4 semaines. Le solvant peut être de l’alcool. On parlera d’alcoolature pour les plantes fraiches et simplement de teinture pour les plantes sèches. La teinture peut également avoir pour solvant du vinaigre de cidre. Il faudra, une fois la teinture faite, agiter le bocal tous les 2 jours. Après les 3-4 semaines passées, filtrez à l’aide d’une mousseline ou du coton hydrophile.
Il est préférable de garder les teintures dans des bouteilles ambrées. Pour les posologies, référez-vous aux indications concernant la plante choisie.
Vous trouverez des informations concernant la teinture à base de vinaigre « ici ».

MACÉRÂT HUILEUX :
Le macérât huileux, comme son nom l’indique, est une macération de plantes (préférablement fraîches) dans une huile végétale. Cette macération peut se faire à l’ombre ou au soleil. Il faudra éviter le soleil si l’huile et/ou la plante choisie est sensible à l’oxydation. Si la macération se fait au soleil, elle peut prendre le nom de « digestion », car l’extraction se fait par chaleur douce.
Vous pouvez choisir une huile qui pourra compléter les propriétés de la plante macérée.
Là aussi, comme la teinture, agitez le bocal tous les 2 jours.
Le macérât, une fois filtré, peut être utilisé tel quel ou intégré dans une autre préparation (un baume ou une crème).

MACÉRÂT HYDRO-GLYCERINÉ :
Le macérât hydro-glycériné est composé d’eau et de glycérine végétale (certains y ajoutent de l’alcool). Il est principalement utilisé pour extraire les principes actifs des bourgeons. Cette méthode est connue de la gemmothérapie. Mais vous pouvez utiliser cette méthode pour d’autres parties de plantes (évitez les parties dures, qui auront plus de mal à voir leurs principes actifs extraits). Vous laisserez macérer entre 1 et 2 semaines et agiterez régulièrement. Ce macérât étant un peu fragile, on le conservera au réfrigérateur, il devra être consommé rapidement.

Galénique2CATAPLASME :
Le cataplasme est une méthode où l’on applique une gaze sur la zone du corps affectée.
Au préalable, il aura fallu réaliser une pâte à base d’eau et de farine de lin. Celle-ci sera délayée dans de l’eau chaude (ou une infusion filtrée de plante). Les dosages de farine de lin seront fonction de la texture que vous voulez. Minimisez les quantités d’eau si vous souhaitez une pâte bien ferme. Ajoutez à cette pâte de la poudre de plante, une teinture, une huile essentielle (faiblement dosée). Cette pâte sera appliquée sur la zone à traiter, puis une gaze formera le bandage qui maintiendra la préparation végétale sur la peau.

Ce cataplasme peut également être réalisé avec de l’argile verte, pour remplacer la farine de lin. Cette fois, veillez à ne pas utiliser de métal, quel qu’il soit.

COMPRESSE :
La compresse est une méthode proche du cataplasme. Sauf qu’avec la compresse, on ne fait pas de pâte végétale. On réalise une infusion ou une décoction de plante. Une gaze sera imbibée du liquide et sera appliquée sur la zone affectée. Un bandage supplémentaire, sec, peut-être ajouté si l’on craint d’être gêné lors d’une tâche quelconque à effectuer.

BAUME :
Le baume est une préparation grasse qui vise l’application d’actifs végétaux sur la peau.
Tout d’abord, le baume est composé d’une huile végétale et d’une cire végétale. Vous choisirez votre huile en fonction des propriétés que vous recherchez. Elle peut être un macérât de plante.
La cire végétale sera choisie en fonction de la texture que vous souhaitez donner à votre baume. La cire d’abeille a tendance à bien faire durcir les baumes tandis que la cire de soja rend les baumes plus onctueux et facilement applicables.
Vous ferez chauffer votre huile au bain marie avec la cire. Préférez la cire de soja qui a un point de fusion bas (50°C, contre ± 70°C pour la cire d’abeille) afin de ne pas détériorer un éventuel macérât.
Avant refroidissement complet, vous pourrez ajouter de l’huile essentielle dans votre baume.
Vous trouverez un exemple de baume en cliquant « ici ».

CRÈME:
Une crème est une émulsion d’une phase aqueuse sur une phase huileuse (la phase huileuse étant donc généralement plus importante que la phase aqueuse). Comme pour le baume, choisissez l’huile en fonction de vos besoins. Ces deux phases (eau et huile) étant non miscibles entre-elles, il leur faudra un émulsifiant (généralement une cire) qui rendra homogène le mélange.
La crème peut se faire en « one-pot », c’est-à-dire, que les deux phases (avec l’émulsifiant) seront toutes les deux chauffées dans le même récipient au bain-marie (l’ensemble des phases doit atteindre environ 70°C, mais pour cela, reportez-vous à la recette que vous effectuez).
Il faudra, une fois la cire émulsifiante fondue, retirer du bain-marie et fouetter vigoureusement le mélange afin que celui-ci « prenne », jusqu’à refroidissement complet de la crème.
Une fois la crème réalisée, vous pourrez y ajouter des actifs, tels que des huiles essentielles.
Vous trouverez par ici un exemple de réalisation de crème.

LOTION : Cubes1
La lotion est une préparation aqueuse qui est utilisée per cutanée (sur la peau). Elle est préférablement utilisée comme tonique du visage. Elle peut être composée d’infusion bien filtrée (sans résidus), d’hydrolats, mais également de gel végétal (Aloe vera). Les composants seront bien homogénéisés. Il peut être utile d’agiter légèrement avant l’emploi. Le conditionnement se fera dans un flacon spray, pour une application plus simple. Mais l’application par du coton imbibé peut se faire.
Une lotion ne se conserve pas très longtemps, s’il n’y a qu’une infusion. La présence d’hydrolat permettra une conservation plus longue. Gardez à l’abri de la lumière et de la chaleur.

GEL :
Le gel est un format intéressant d’application. Non gras, il n’empêchera pas la peau de respirer. Fluide et à l’étalement facile, il permettra une répartition aisée des actifs.
Il se prépare en ajoutant une gomme végétale (Xanthane, Guar etc.) à une phase aqueuse (eau, infusion, hydrolat). Des huiles essentielles peuvent être ajoutées à faibles doses, elles seront dispersées grâce à la texture gélifiée. Pour disperser correctement des huiles essentielles, il faudra mélanger vigoureusement le gel.
Il est possible d’y adjoindre du gel d’Aloe vera.
Enfin, il est recommandé d’ajouter un conservateur certifié Ecocert afin de garder un peu plus longtemps votre préparation si les huiles essentielles ne sont pas suffisantes.
Voici la réalisation d’un gel pour illustrer le propos.

SELS AROMATIQUES :
Il s’agit d’une forme particulière qui s’utilise principalement en bain et bain de pieds.
Le support se trouve être du sel riche en minéraux (Mer Morte, Guérande) ou du sel gemme (Himalaya, Epsom), sur lequel on ajoute une huile végétale avec quelques gouttes d’huile(s) essentielle(s) (mais ce n’est pas une obligation). On peut également ajouter quelques plantes aromatiques sèches. L’ensemble des ingrédients ajouté au sel sera choisi en fonction de l’effet recherché. L’ensemble sera mélangé de manière homogène. Il ne faut pas mettre trop d’huile, de même qu’il faudra diluer les huiles essentielles dans cette huile végétale. Le dosage des huiles essentielles n’excèdera pas les 2%.
Cette préparation servira essentiellement à la détente et la relaxation.

GÉLULE:
La gélule est une méthode qui permet l’absorption d’une plante ou de son extrait, par voie orale.
Cette méthode est intéressante lorsqu’on ne souhaite pas passer par l’infusion, la décoction ou la teinture. Pour réaliser des gélules, il faut tout d’abord avoir des gélules vides (préférez les gélules végétales), ainsi qu’une machine à gélules. Disposez vos gélules dans votre machine et incorporez la poudre de plante choisie. Actionnez votre machine, vos gélules seront prêtes.
Conditionnez-les dans un petit bocal refermable, étiquetez soigneusement (nom vernaculaire et latin de la plante + dose par gélule + date de fabrication).
Vous trouverez dans cet article un pas à pas de la fabrication des gélules.

PILULE :
La pilule est une manière intéressante d’absorber par voie orale, des épices et des herbes en tout genre. Pour cela, il faudra judicieusement choisir les plantes et les réduire en poudre fine. Passez la poudre à travers un chinois pour retirer ce qui ne s’est pas réduit. Placez la poudre dans un récipient. Il vous faudra choisir un excipient. Au choix, vous pouvez opter pour de la glycérine végétale, du miel crémeux ou de la résine végétale. Ajoutez votre excipient en petite quantité tout d’abord. Et mélanger soigneusement la poudre et l’excipient. Il faut que toute la poudre soit en contact avec l’excipient. Vous devriez pouvoir former des petites billes à la main. Si la pilule s’effrite, c’est qu’il n’y a pas assez d’excipient. Si la préparation est trop fluide, c’est qu’il y en a trop.
Vous pouvez doser vos pilules à l’aide d’une balance de précision : entre 500 et 1000mg pour des pilules courantes.
Une fois vos pilules faites, il faut les sécher à la chaleur très douce (un four à la plus basse température pourra faire l’affaire). Conditionnez dans un bocal hermétique et dans un endroit sec. Étiquetez précisément (nom(s) vernaculaire(s) de la/les plante(s) + dose par pilule + date de fabrication).

SIROP : Galénique3
Le sirop est une forme très intéressante d’absorption per os (orale) d’huiles essentielles, de teintures ou d’infusions de plantes. Pour cela, vous aurez besoin de sucre non raffiné et d’eau, à parts égales.
Faites chauffer ces deux ingrédients jusqu’à frémissement et continuez la cuisson quelques minutes. Le sucre doit être totalement dissout dans l’eau. Mélangez bien pendant la cuisson. Le mélange eau+sucre prendra une teinte légèrement ambrée, c’est que le sirop est bientôt prêt. Pour savoir si le sirop à la bonne consistance, prenez une assiette froide et versez y une goutte du sirop. Si la goutte se fige et ne coule pas, alors votre sirop est prêt.
Une fois refroidi, vous pouvez ajouter vos huiles essentielles (sagement dosées), votre teinture ou votre infusion de plante. Si vous ajoutez de l’infusion, sachez que le sirop ne se gardera pas longtemps et de préférence au réfrigérateur.
Vous pouvez ajouter du miel à votre sirop. Versez votre préparation dans une bouteille à sirop. Là aussi, étiquetez correctement.
Il existe une autre méthode de sirop, à réaliser avec uniquement du sucre et de la carotte (ou du radis noir), pour voir cette méthode, cliquez juste « là ».

MELLITE :
Ce terme désigne une préparation qui rassemble du miel et une phase aqueuse.
Il s’agit d’ajouter à une quantité de miel, une infusion de plante ou un hydrolat. Le tout peu se faire à feu doux pour que la phase aqueuse puisse s’homogénéiser avec le miel plus facilement.
Cette préparation se prend par voie orale, par cuillère, comme le sirop. Vous choisirez le type de miel, l’infusion ou l’hydrolat en fonction de vos besoins.
Conditionnez et étiquetez comme il se doit.

PASTILLE :
Les pastilles se font par la même base que le sirop. Sauf que dans ce cas, il faudra prolonger la cuisson pour obtenir une texture beaucoup plus épaisse (une sorte de caramel).
Une fois la texture souhaitée obtenue, il faudra ajouter vos actifs lorsque la température sera redescendue mais le caramel doit rester malléable. Mélangez.
Une fois fait, étalez le caramel sur une surface froide et le travailler pour en faire un boudin de l’épaisseur du petit doigt. Une fois fait, découpez aux ciseaux de cuisine des petites pastilles que vous conditionnerez dans une boîte. Vous pouvez les rouler dans du sucre.
Cliquez « là » pour voir la procédure dans son ensemble.

BAIN DE BOUCHE : Galénique5
Le bain de bouche sert principalement à l’hygiène buccale. Il peut avoir comme support de l’alcool ou de l’huile végétale. Dans ce support, sera dilué des huiles essentielles aux propriétés antibactériennes, antifongiques et cicatrisantes, principalement. Des teintures alcooliques peuvent être utilisés (surtout pas de teinture au vinaigre), des macérât huileux également, en fonction de l’effet recherché.

INHALATION :
L’inhalation consiste à respirer une vapeur qui contient des principes actifs. Cette méthode servira principalement à dégager les bronches et les sinus. La plupart du temps, la substance sur laquelle sera versée de l’eau frémissante dans le bol sera un mélange de teintures de plantes et de résines. Des huiles essentielles peuvent êtres utilisées, mais dans ce cas, il faut doser au minimum et ne pas ouvrir les yeux lors de l’inhalation.
L’inhalation se fera sous serviette ou dans un appareil conçu pour.

PARFUM :
Le parfum est une méthode qui peut être utilisée en thérapie, notamment émotionnelle.
Le parfum sera constitué d’huiles essentielles et d’essences, mais aussi de teintures de plantes à parfums, bien filtrées. Le parfum se composera selon l’effet voulu et la fragrance recherchée.
Les substances odorantes seront diluées dans de l’alcool éthylique. Le parfum peut être appliqué sur la peau comme n’importe quel parfum, mais dans ce cas, attention aux essences photosensibilisantes et huiles essentielles dermocaustiques.
Le parfum peut également être pulvérisé dans une pièce.

FUMIGATION :
La fumigation est une application qui est peu utilisée en phytothérapie aujourd’hui, mais qui subsiste tout de même. Notamment autour de quelques végétaux : principalement la sauge et les exsudats et résines odorantes (Oliban, Myrrhe, Benjoin du Siam, Storax, Camphre). Ces résines seront déposées sur un charbon ardent qui se trouvera dans une pièce bien ventilée.
La sauge pourra avoir la forme de « bâton de fumigation » : un assemblage de tiges et de feuilles de sauge sèches, dont l’extrémité sera passée sur une flamme puis soufflée.
Ces fumigations servent principalement à assainir l’air ambiant mais également à apporter une ambiance propice au calme physique et mental.

Pour finir :

Lorsque vous aurez réalisé votre préparation, il faudra la conserver du mieux possible.
Pour cela, reportez-vous à la recette utilisée. Si votre préparation contient uniquement ou principalement de l’eau, il faudra la conserver au réfrigérateur. Autrement, à l’abri de la lumière et de la chaleur.
Les préparations contenant des huiles essentielles antibactériennes et antiseptiques vont davantage se conserver. Néanmoins, fiez-vous à la recette, ou aux indications parallèles que vous aurez pu obtenir.

Faites en sorte que votre préparation ne soit pas à la portée d’enfants.
Et de temps à autre, vérifier l’état du produit. Un changement de couleur, d’odeur ou de texture indique qu’il y a peut-être eu contamination. Il faudra donc éviter d’utiliser la préparation.
Si vous réalisez des baumes, des crèmes, des onguents ou autres préparations, veillez à nettoyer vos mains avant de les utiliser.

Voilà pour les principales formes d’absorption des actifs végétaux. La liste n’est pas exhaustive, et j’ai volontairement choisi de ne pas aborder d’autres formes moins réalisables sans matériel de laboratoire. J’aime à penser que l’herboristerie se doit être à la portée de tous. Désormais, à vous de jouer!

L’Apothicaire.

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