Macérats et extraits hydroglycérinés : fabrication et mode d’emploi

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Bonjour tout le monde !
Je vous propose aujourd’hui de découvrir une technique d’extraction de principes actifs employée en herboristerie. Nous le verrons, le procédé n’est pas compliqué mais mérite que l’on s’y attarde afin de réaliser les choses dans les règles de l’art.

Premièrement, le titre l’évoque : qu’est-ce qu’un extrait glycériné ?
Alors on peut tout d’abord dire qu’il existe plusieurs terminologies qui désignent plus ou moins les mêmes choses. On peut trouver des extraits glycérinés ou hydroglycérinés, mais également des macérats glycérinés ou hydroglycérinés. On trouve également des macérats/extraits hydroalcooliques glycérinés.

La plupart du temps, vous trouverez ces préparations sous le vocable extraits hydroglycérinés (EHG).

Ces techniques d’extraction par la glycérine sont principalement employées en gemmothérapie (thérapie par les bourgeons de plantes). Mais nous verrons que ces techniques ne se limitent pas aux bourgeons.

Le terme « macérât » désigne la technique d’extraction quand le terme « extrait » désigne le produit filtré. Ce qu’il faut grosso modo savoir, c’est qu’un extrait glycériné est obtenu en laissant macérer une plante dans une solution de glycérine.
De fait, attardons-nous sur le solvant qui nous intéresse ici : la glycérine.

La glycérine, également appelée glycérol (c’est donc un alcool), est un assemblage de molécules que l’on retrouve dans certains acides gras (tels que les triglycérides). Ces molécules sont extraites par lyse pour obtenir la glycérine végétale. C’est elle qui nous intéresse. Vous pouvez trouver de la glycérine synthétique, mais elle ne nous conviendra pas ici.

La glycérine est tant utilisée en médecine qu’en cosmétique ou dans l’alimentation (vous la trouverez cachée sous son petit nom : E422). Elle a des propriétés intéressantes : en effet, elle permet d’adoucir la peau et de l’hydrater. Car la glycérine a la propriété d’attirer l’eau et de la maintenir. En cosmétique, elle sera appréciée dans les soins hydratants (son dosage ne doit pas dépasser 10% au risque de voir ses effets s’inverser, id est : elle déshydratera).

En médecine, elle servira d’agent de texture (comme dans l’alimentaire), également comme solvant de principes actifs tout autant qu’actif en elle-même (elle est intéressante dans les sirops contre la toux par exemple).

C’est donc sa propriété d’être un bon solvant qui nous intéresse pour nos macérats/extraits.
Les différents termes employés pour désigner ces extraits révèlent plusieurs méthodes de macération. Nous allons les passer en revue pour mieux comprendre :

Macérat glycériné : il s’agit de laisser macérer une plante fraiche ou sèche dans de la glycérine végétale pure.

Macérat hydroalcoolique glycériné : on laisse macérer une plante fraiche ou sèche dans un mélange d’eau, d’alcool et de glycérine.

Macérat hydroglycériné : on macère une plante dans un mélange d’eau et de glycérine.

Concernant les quantités de solvant, le ratio proposé est de 1 : 5. Soit : 1 part de plante pour 5 parts de solvant. Mais, passons aux travaux pratiques pour mieux comprendre tout cela.

Pour illustrer cette technique, j’ai opté pour une extraction de mauve. Vous trouverez une fiche intéressante ici. J’utiliserai la méthode du macérât hydroglycériné. Pour cela, vous aurez donc besoin de :

ingrédient matériel prép

 

 

 

 

 

 

 

Pour commencer, vous pèserez la mauve et la couperez à l’aide des ciseaux [1]. Pesez la glycérine, puis l’eau, et mélangez les deux solvants pour les homogénéiser. Nous sommes en présence d’un solvant qui contient 50% de glycérine pour 50% d’eau [2].
Ajoutez-y la mauve et faites en sorte qu’elle soit recouverte par tout le solvant.
Comme on le voit, sur les 60ml de préparation (plante et solvant), nous avons 1 part de plante (10g) et 5 parts de solvant (50ml). Car, si 1 part = 10g, alors 5 parts = 50ml.

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Ajoutez le conservateur. Mélangez pour bien homogénéiser puis refermez.
Laissez macérer dans une armoire pendant deux semaines (ou 3 si vous le souhaitez).
Viens ensuite le moment du filtrage.

matos filtration

 

 

 

 

 

 

Placez l’entonnoir sur votre récipient propre. Tapissez l’entonnoir avec la gaze [3], puis recouvrez les bords avec le coton [4]. Puis, versez délicatement le macérât dans l’entonnoir [5]. Lorsque c’est fait, rejoignez chaque coin de la gaze pour refermer le macérât. Vous effectuerez ainsi une légère pression avec vos doigts (pour cela utilisez les gants) et remarquerez que l’extrait commence à couler.

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Continuez à resserrer la gaze et l’enrouler. L’extrait continue de couler, continuez ainsi de plus en plus fort jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’extrait qui s’écoule.
L’opération peut s’avérer un peu laborieuse, car il faut bien presser l’ensemble pour extraire un maximum de produit. Sachez que, comme cette opération se fait à la main, il risque d’y avoir une légère perte de produit à la fin.
Ainsi, on ne récupèrera pas les 50ml de solvant, mais un peu moins.

Vous avez votre extrait hydroglycériné dans le récipient transparent [6]. Vous pouvez observez à la lumière pour vérifier qu’il est bien filtré, qu’il n’y a pas de résidus. A ce stade, il vous suffira de verser l’extrait dans votre flacon ambré. Puis, il vous faudra étiqueter le flacon avec la date du début de macération.

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Conservation et utilisations :

Désormais, il faut savoir comment utiliser cet extrait et comment le conserver.
On l’a vu dans la recette, cet extrait contient un conservateur non comestible. Ce qui fait qu’il ne faut absolument pas l’ingérer. Si vous utilisez un conservateur tel que celui proposé, l’extrait ne pourra être utilisé que sur la peau.

Rappelez-vous également que la glycérine devient desséchante au-delà de 10% dans un produit, donc dosez en conséquence. Il vous est possible d’employer les plantes que vous souhaitez, en fonction de ce que vous recherchez. Ici, la mauve sera très intéressante si employée dans un soin émollient et hydratant.
Ayez tout de même à l’esprit que ce type d’extraction n’est pas recommandé pour les parties les plus dures des plantes (graines, racines, écorces entières). Pour celles-ci, il faudra employer une technique plus appropriée (la teinture-mère par exemple).

En revanche, si vous souhaitez consommer l’extrait, deux choix de conservateurs vous sont possibles:

  • Vous pouvez remplacer l’eau par de l’alcool non modifié à 50° ou 70°.
  • Si vous ne souhaitez pas employer de l’alcool, remplacez l’eau par du vinaigre de cidre. Vous pouvez, si vous utilisez du vinaigre, opter pour un dosage de 70% de glycérine pour 30% de vinaigre. Le vinaigre apportera un peu d’eau, ce qui améliore l’extraction des principes actifs.

Autrement, il vous est possible de n’utiliser que de la glycérine pour réaliser cet extrait (ce sera alors un extrait glycériné si on s’en tient au vocabulaire exact, comme expliqué plus haut). La glycérine pure se conserve très bien. On préfèrera cependant la glycérine pure pour les plantes fraiches.

Sachez également que ces extraits se conservent préférablement au frigo, ou à l’abri de la lumière et de la chaleur. En conditions optimales, ils se conserveront 6 mois maximum.

Et voilà ! Fabriquer un extrait hydroglycériné n’est pas compliqué, il suffit de suivre quelques étapes et de bien choisir le solvant adjuvant (eau/alcool/vinaigre). Ce type d’extrait n’est pas très concentré, contrairement aux teintures-mère, par exemple. Mais ils offrent tout de même des possibilités intéressantes tant en thérapeutique qu’en cosmétique naturelle. De plus, la glycérine ne coûte pas cher du tout, alors pourquoi se priver ?!

L’Apothicaire. 😉

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9 commentaires pour Macérats et extraits hydroglycérinés : fabrication et mode d’emploi

  1. Missrimel dit :

    Intéressant et très bien expliqué, si mon frigo n’étais pas déjà surchargé ça me donnerait envie de me lancer de suite! ^-^

    • L'Apothicaire dit :

      Coucou Missrimel !
      Merci pour ton commentaire ! C’est vrai qu’une fois qu’on a les ingrédients à disposition, nous viennent plein d’idées de macérats! 🙂

  2. Romulliah dit :

    Simple mais efficace, merci beaucoup pour cette découverte très astucieuse.

  3. Fanny dit :

    Merci pour cet article instructif !
    Les soucis sont magnifiques dans mon jardin, bien que gorgés d’eau par la pluie. Pensez-vous qu’un macérat hydroglycériné serait adapté ? J’aimerais en faire, avec le macérat huileux, une crème très douce…

  4. Chlorophylle dit :

    Bonjour,
    Bravo pour cet article tout à fait passionnant!
    Puis-je vous demander combien vous mettez de gouttes de Cosgard pour la préparation que vous donnez en exemple, avec les fleurs de mauve ? Le total doit faire environ 60 ml… Euh, si vous pouviez préciser le nombre de gouttes, cela m’aiderait beaucoup! Merci d’avance!
    Une autre question : comment utilisez-vous cet extrait hydroglycériné quand vous dites « sur la peau » ? L’utilisez-vous tel quel ? Le mélangez-vous à une crème ou un lait (par exemple) ?
    Merci encore!

    • L'Apothicaire dit :

      Bonjour Chlorophylle et merci pour votre message ! 🙂
      Pour le conservateur, tout dépend de la quantité que vous réalisez.
      Si vous utilisez des plantes sèches, basez-vous sur la quantité de solvant pour faire le calcul.
      Si vous utilisez des plantes fraîches, basez-vous sur la quantité totale de préparation pour faire le calcul.

      Si vous avez 60ml de préparation dont 10g de plantes sèches, alors il faudra se baser sur 50ml. Pour le Cosgard, il faudra faire:

      – 50ml x 0.6 = 30
      – 30/100 = 0.3
      – 0.3 x 33 (car 1ml de cosgard = 33 gouttes) = 9.9 gouttes (10gouttes).

      Si vos avez 60ml de préparation dont 10g de plantes sèches alors:

      – 60ml x 0.6 = 36
      – 36/100 = 0.36
      – 0.36 x 33 = 11.88 (soit 12 gouttes)

      Bien sûr, ce calcul ne vaut que pour le Cosgard, qui conserve assez bien les préparation lorsqu’il dosé à 0.6%. D’autant que 1ml = 33 gouttes n’est pas une constante pour tous les conservateurs. Ici, il ne vaut que pour le Cosgard.

      Si vous utilisez un autre conservateur, reportez-vous à sa fiche conseil. 😉

      Pour ce qui est de l’utilisation, il est préférable de l’employer dans une préparation. Personnellement, je réalise moi-même mes préparations (crèmes, laits, etc.) donc j’intègre l’extrait dans la formulation.
      En revanche, si vous devez l’intégrer dans une préparation déjà prête, attention aux dosages pour éviter les déphasages (plus il y aura d’extrait et moins bien il pourra s’incorporer) et veillez à ce que votre préparation ne soit pas totalement huileuse car la glycérine et l’eau ne se mélangent pas à l’huile. 🙂

      • Chlorophylle dit :

        Merci beaucoup pour cette réponse détaillée et précise. J’utilise, pour le moment, dans les cosmétiques que je fais (je ne suis pas encore experte, loin de là) uniquement le Cosgard.
        Je ne suis pas encore capable de faire mes propres formulations, encore que je me suis lancée samedi (c’est tout récent, n’est-ce pas ?) dans la fabrication d’une masque pour les cheveux, pour l’anniversaire de ma petite soeur. J’ai conçu une formule avec les ingrédients que j’avais. Et ce n’était pas trop mal à la sortie… Mais pour intégrer des macérats hydroglycérinés, pour le moment, si j’arrive à en faire, je me réfèrerai à des recettes existantes. Si vous en avez à me (nous) proposer, je serai preneuse :-). Je pense que d’autres seraient intéressé(e)s aussi!
        Concernant la mauve, j’en avais ramassé une fois, mais les pétales ont réduit de taille à une vitesse phénoménale. Pour en avoir 10 gr, j’imagine qu’il faut déjà trouver pas mal de fleurs! Et je ne suis pas sûre qu’il y en ait beaucoup dans ma région… Je chercherai. Mais peut-être est-il possible d’en planter ? Je ne sais pas du tout… Je vous remercie encore pour toutes ces précisions! Bonne fin de journée!

  5. Laure dit :

    Bonjour, article très intéressant! Pour compléter, ce texte est bien fait aussi : http://www.phytonika.com/lextraction-au-glycerol/
    C’est un labo spécialisé dans l’extraction glycérinée.

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