Le curcuma, ce rhizome hors du commun

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Bonjour les amis !
C’est avec grand plaisir que je viens vous parler d’une épice formidable : le curcuma !
Depuis très longtemps employée dans l’alimentation, le textile et la médecine, nous verrons qu’elle recèle des trésors incroyables que la médecine moderne commence à entrevoir.
Souvent relégué au rang d’ersatz de safran, nous verrons que ce rhizome est bien plus qu’un simple colorant.

Historique :

curc0Depuis l’Antiquité, le curcuma fait partie de la vie des Hommes. Tout d’abord en Asie (Inde, Chine, Japon, Indonésie), il est couramment employé dans la cuisine où il fait partie de très nombreux mélanges d’épices. Mais aussi dans la médecine, notamment au sein de l’Ayurvéda.
Il est utilisé pour diminuer le dosha Kapha : il est alors utilisé pour améliorer la circulation sanguine, pour calmer la toux, pour optimiser la digestion etc.
Il est considéré par cette même discipline comme une plante permettant le nettoyage des chakras.

Les Hommes ont bien remarqué son utilité dans le textile, grâce à ses pigments (les curcuminoïdes, en fait). Ainsi, ils s’en serviront pour teindre les toges des moines bouddhistes.
Cet usage se répandra pour colorer diverses étoffes.

Le curcuma figurera dans le De Materia Medica de Dioscoride qui parle du curcuma en ces mots :
« Un autre genre de Cyperus originaire de l’Inde ressemble au gingembre : il possède, lorsqu’on le mâche, les propriétés du safran ».
Dioscoride se trompe lorsqu’il range le curcuma dans le genre des Cyperus, mais voit juste pour ce qui est du safran.

Au Moyen-âge, le curcuma emprunte la route des épices et les Arabes en apporteront et l’appelleront kurkum. Ils l’utiliseront dans l’alimentation où il colorera agréablement les plats.
D’ailleurs, on retrouve beaucoup l’usage du curcuma dans les plats méditerranéens (c’est encore le cas pour nombre de plats du Maghreb).

C’est plus tard, avec la colonisation des Indes Orientales par l’Empire Britannique que le curcuma sera beaucoup plus employé par les occidentaux, par le biais des currys.
Aujourd’hui, le curcuma fait son grand retour. Tant dans l’alimentation, avec la mise en valeur des plats épicés, que dans la médecine.

Aspects botaniques et composition chimique :

Le Curcuma longa est un cousin du gingembre, il fait donc partie des Zingibéracées. C’est une herbacée qui peut atteindre jusqu’à 1m de haut. Elle est originaire d’Inde et se plaît très bien dans les climats subtropicaux. Ses feuilles vertes, dites oblongues, possèdent d’épaisses nervures. Son inflorescence se situe sur une tige dépourvue de feuilles. Ses fleurs apparaissent après deux ou trois ans et varient du blanc au vert, parfois jaune.
Quant au rhizome (racine), il est récolté une fois que les parties aériennes se dessèchent.
On les nettoie à l’eau bouillante, puis on enlève la peau pour ensuite les laisser sécher au soleil.

Le rhizome contient jusqu’à 55% d’amidon et jusqu’à 6% d’huile essentielle.
Il contient également jusqu’à 13% d’eau et 10% de lipides.
Il renferme 8% de curcuminoïdes (des antioxydants), dont 50 à 60% de curcumine.
Nous y trouvons également des protéines, du phosphore, du sodium, du potassium, du fer, de la vitamine B3 et C.

Voyons ensemble les bienfaits thérapeutiques de cette merveilleuse plante.

Propriétés thérapeutiques :

Premièrement, notons que c’est la curcumine qui rend le curcuma si actif (en association à tous ses autres composants). Cette curcumine est bien plus disponible lorsque associée à la piperine (une molécule présente dans le poivre). Celle-ci améliore l’assimilation de la curcumine en renforçant la perméabilité des parois de l’intestin. Ainsi, on trouvera souvent des compléments alimentaires qui contiennent de la curcumine et de la pipérine.
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Le curcuma est un allié de la sphère digestive. Nous allons présentement voir qu’elle aidera tous ceux qui ont du mal à digérer. Et effectivement, il stimule l’évacuation de la bile (cholagogue) de la vésicule biliaire. Il agit efficacement contre les ballonnements.
Son action anti-inflammatoire sur l’intestin permettra de traiter les colites ulcéreuses. De même qu’elle aidera dans la gestion de la maladie de Crohn.
Il présente une action très intéressante contre certains germes. Il a en effet la capacité d’agir contre Escherichia coli K12 ainsi que contre la Salmonella enterica typhi : tous deux responsables de violentes intoxications alimentaires. Mais aussi contre l’Helicobacter pylori, responsable des ulcères peptiques. Il agira également contre le Candida albicans (un champignon pathogène).

Notons que le curcuma présente une activité positive contre le mauvais cholestérol (le LDL) et permet de réduire le gras du foie (la stéatose hépatique).
Ajoutons qu’il présente la capacité de protéger le foie (hépatoprotecteur) et de prévenir les cirrhoses. Enfin, et pour terminer sur cette sphère digestive, le curcuma agit efficacement contre les aphtes.

Nous venons de l’évoquer, le curcuma présente une propriété anti-inflammatoire. Et pas uniquement sur le système digestif qu’il protège. Il est en effet connu que le curcuma agira favorablement dans la réduction des douleurs liées à l’arthrose. Plus globalement, son action anti-inflammatoire pourra s’illustrer contre toutes les douleurs articulaires et musculaires (dont l’origine est inflammatoire).
On pourra également employer le curcuma en cataplasme contre les entorses.
En dehors des jointures du corps, le curcuma illustre son action anti-inflammatoire sur l’uvéite : une inflammation de l’iris.

Le curcuma a plus d’un tour dans son sac. Il est également de renom qu’il soit bénéfique à la peau. Depuis des millénaires maintenant, les belles indiennes s’appliquent des masques de curcuma sur le visage pour en prendre soin est l’embellir.
Ainsi, c’est toujours son action anti-inflammatoire qui nous intéresse ici. Il pourra traiter le psoriasis, l’acné (juvénile et tardif), l’eczéma, la rosacée, les œdèmes.

Autrement, il agira contre les dermatophytoses (la teigne, par exemple) et contre les mycoses plus généralement. Notons qu’il présente une action protectrice contre les rayons UVB qui endommagent le collagène de la peau.
Il régule également la sécrétion de sébum et participe à garder une peau saine. Et ce, notamment par son action sur la vésicule biliaire que nous avons remarqué plus haut : ainsi, le curcuma participe à l’élimination des toxines. Une élimination plus facile des toxines permet de ne pas en surcharger la peau.

Enfin, n’oublions pas que le curcuma est utile en prévention. Des études cliniques ont démontré qu’il pouvait prévenir l’apparition de certains cancers. De même qu’il permet de réduire la prolifération des cellules cancéreuses. In vitro, ainsi que sur des rats, il a été démontré que le curcuma tue les cellules cancéreuses et permet le meilleur développement des cellules saines.
Bien sûr, les études sont encore en cours et n’en sont qu’au début. Certes, le curcuma est prometteur, mais il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine. Et, malgré de nombreux titres d’articles de magazines, très engageants de ce côté, il vaut mieux garder en tête que le curcuma est une voie possible mais qu’il ne faut pas pour autant délaisser les soins conventionnels.

Quelques précautions :

Il y en a peu, mais tout de même. En cas d’obstruction des voies biliaires, il est recommandé de ne pas employer de curcuma aux doses thérapeutiques. Seuls les dosages culinaires peuvent être consommés.
En cas de diabète, consultez votre médecin si vous souhaitez prendre le curcuma en complément alimentaire. En effet, celui-ci peut faire chuter le taux de sucre sanguin.
L’huile essentielle ne doit pas être prise par voie orale sans l’avis d’un spécialiste.
Les femmes enceintes et allaitantes doivent s’en tenir aux dosages culinaires pour plus de sureté.
Enfin, le curcuma peut fluidifier le sang : évitez sa prise si vous prenez déjà un anticoagulant.
De même que vous arrêterez sa prise deux semaines au moins, avant toute intervention chirurgicale lourde.

Un rhizome extraordinaire:

Comme nous venons de le voir, le curcuma présente de nombreuses propriétés qui nous sont fort utiles. Les anciens savaient bien que ce rhizome était souverain dans notre santé. Les médecins ayurvédiques l’ont bien compris et ont fait du curcuma un prince de leur pharmacopée.
Aujourd’hui, et dans nos sociétés post-industrielles, nous sommes de plus en plus confrontés aux pathologies inflammatoires.
Celles-ci s’illustrent tant au niveau digestif que cutané et articulaire.
Les statistiques le montrent : nous digérons mal, il y a une recrudescence des problèmes de peau, les problèmes d’articulations ne sont plus l’apanage de nos aînés… bref, il y a quelque chose qui cloche.
Le curcuma représente un espoir à redécouvrir et à mettre en valeur. Il pourrait remplacer bien des médicaments de synthèse pour des petits maux du quotidiens et que nos sociétés avalent sans broncher.
Les scientifiques se penchent sur la question et ne cessent de découvrir les trésors du curcuma. Aujourd’hui, une nouvelle merveille leur apparaît : il peut aider dans le traitement du cancer. Espérons alors qu’ils parviendront à lui donner une place de choix dans ce combat.
En attendant, à nous de lui donner un large champ d’action, plus grand que la cuisine.

L’Apothicaire. 😉

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Sources:
S. Zaman, N. Akhtar, Effect of turmeric (Curcuma longa Zingiberaceae) extract, cream on human skin sebum secretion, in Tropical Journal of Pharmaceutical Research, Octobre 2013, 12 (5) : 665-669.
Z.- F. Saeed, The antiseptic effect of turmeric (Curcuma longa) extraction on the bacterial growth of Escherichia coli (k-12) and Salmonella typhi wich cause food poisonning, in Journal of Advances in Biology, Vol 4, n°3, Juin 2014.
D.- S. Halim et al, Novel material in the treatment of minor oral recurrent aphtous stomatitis, in International Médical Journal, Vol 20, n°3, pp 392-394, Juin 2013.
P.-N. Ravindran et al, Turmeric, The genus Curcuma, CRC Press, 2007.
J.-M. Pelt, Les épices, éditions Fayard, 2002.
– medwelljournals.com
– jn.nutrition.org
– hepatitiscentral.com
– umm.edu

Source image:
– 5000bce.com
– healthyfoodhouse.com
– commodityonline.com
– turmericworld.com

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4 commentaires pour Le curcuma, ce rhizome hors du commun

  1. Phitophile en herbe dit :

    Cher Apothicaire,
    Grand merci pour cet excellent article – et pour les autres que j’ai eu le plaisir de lire 🙂
    Au plaisir de continuer à découvrir vos contributions à notre savoir !
    Très sincèrement,
    La Phitophile en herbe

  2. Klersuzanne dit :

    Je découvre ce blogue avec ravissement. Des articles très documentés assaisonnés de pratique et de passion ! Bravo, merci et au plaisir de vous suivre.

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