La fumeterre: l’humble dépurative

Fumaria1

Bonjour chers lecteurs ! Me revoilà vers vous pour aborder une nouvelle plante : la fumeterre.
Nouvelle plante ? Que dis-je ! Une plante très ancienne comme nous le verrons, et particulièrement intéressante. La fumeterre fait partie de ces plantes dites « rudérales », c’est-à-dire, ces plantes qui poussent près des lieux de vie des Hommes. Ainsi, elle sera particulièrement employée dans la médecine populaire.
On lui trouvera alors divers noms, tels que Fleur de terre et Herbe à la géline ou encore Herbe à la jaunisse. Cette dernière appellation découle directement des emplois qui lui seront faits. Mais, avant d’aller plus loin dans la description de ses effets sur l’Homme, abordons brièvement quelques pans de son histoire pour mieux appréhender cette herbe à l’humble mine mais néanmoins bienfaisante.

Historique :

Fumaria2Dès l’Antiquité, les Hommes trouveront quelques utilités à la fumeterre. Quelques grands auteurs classiques nous le démontrent. C’est le cas de Galien, qui préconise l’usage de la fumeterre dans les états de fébrilité hépatique. Tout autant, il la conseille pour évacuer les excès de bile.
Dioscoride en fera autant, et ajoutera qu’elle peut être utilisée de manière efficace pour évacuer les urines. Pline l’Ancien répétera cette dernière indication.

Mais son utilisation ne se limite pas à l’Antiquité. En effet, au Moyen-âge, la fumeterre restait dans les mémoires, notamment des méditerranéens. Ainsi, il est plus fréquent de retrouver quelques traces écrites de son utilisation dans le monde arabo-musulman. Avicenne usera généreusement de la fumeterre pour ses effets dépuratifs. Il composera des pilules à base de sucs de fumeterre, d’aloes succotrin, de myrobolan et de scamonnée. Il indique qu’il faut en réaliser une masse (poudres de plantes et suc mêlés) de laisser sécher, de pulvériser et d’ajouter à nouveau du suc de fumeterre.
Cette opération se réalise deux fois pour obtenir des pilules dites de « Fumeterre d’Avicenne ».

Nous trouvons également mention de la fumeterre dans l’ouvrage du savant Jalâl Ad-Dîn As-Souyouti (La médecine du Prophète Muhammad). Il considère la fumeterre comme chaude et sèche, à même de purifier le sang et « d’éliminer les humeurs âcres ». Par humeur âcre, il désigne la bile. De fait, concernant les propriétés de la fumeterre, il se place directement dans la lignée des auteurs antiques.

En dehors de cette médecine arabe, la fumeterre sera peu employée dans l’Occident médiéval.
Elle sera à nouveau étudiée à partir de la Renaissance, où certains auteurs tels Matthiole, redécouvrent les travaux des auteurs antiques. Mais, la fumeterre reste une plante peu considérée et confinée à la médecine populaire, aujourd’hui encore.

Néanmoins, nous verrons que les usages anciens sont confirmés par les savants actuels.
Avant cela, faisons un petit détour botanique de la fumeterre pour s’en donner une image.

Botanique :

La fumeterre est tout d’abord un genre botanique (Fumaria) comprenant de nombreuses espèces. Nous retiendrons la fumeterre officinale (Fumaria officinalis). Elle fait donc partie des Fumaria3Fumariacées, bien que selon des études récentes de chercheurs en classification phylogénétique, elle se place dans la famille des Papavéracées (la famille des pavots). Mais ne nous perdons pas dans ces détails, bien plus utiles aux botanistes.
Sa tige glabre et fragile s’élève aux alentours de 50cm et est souvent inclinée. Ses feuilles, d’un vert-gris, sont alternes et pétiolées. Les fleurs, organisées en bractées, sont violettes voire roses, et plus foncées à l’extrémité. Le fruit est une capsule qui contient une seule graine.

Deux hypothèses sur l’origine de son nom. L’une énonce que le suc de la plante ferait pleurer les yeux, à l’instar de la fumée. L’autre explique que les feuilles de la fumeterre peuvent, vues de loin, ressembler à une espèce de fumée près du sol, lui valant alors ce nom.

La fumeterre se plaît d’ailleurs dans une multitude de sols, particulièrement les sols incultes. Il n’est donc pas rare de la trouver dans les friches agricoles et industrielles, mais également dans les fissures des bâtis. Si vous souhaitez la récolter, détournez-vous des friches industrielles, fortement polluées.

Elle contient des tanins, des sels de potassium, des alcaloïdes, des hétérosides, des acides organiques. Ce sont les sommités fleuries que nous employons.

Propriétés thérapeutiques :

Fumaria4Comme nous avons pu le voir plus haut, la fumeterre a été une plante assez prisée dans le traitement des corps. Les anciens n’avaient pas tort, la fumeterre est une plante dépurative. C’est-à-dire qu’elle agit de sorte que le corps élimine ce qu’il a en trop, toxines comprises.
Elle offre notamment une action régulatrice hépato-vésiculaire : on pourrait également dire qu’elle est amphocholérétique. Cela veut dire qu’elle va aider le foie tout autant que la vésicule, à trouver un rythme d’activité adéquat à la situation.
Ainsi, une personne ayant un foie paresseux verra ce dernier augmenter son activité.
De même que s’il est trop actif, la fumeterre calmera le jeu.

De fait, la fumeterre semble intéressante pour rééquilibrer la sphère hépatique et donc, rééquilibrer la digestion des aliments et le « traitement des déchets » (les fameuses toxines notamment).
Ajoutons qu’elle est cholagogue, c’est-à-dire qu’elle aidera à l’évacuation de la bile : elle préviendra les congestions hépatiques ou les traitera, toujours dans l’optique d’un fonctionnement optimal du foie.

Elle se trouve être antipléthorique. Ce nom barbare signifie simplement que la fumeterre aide à éliminer ce qu’il y a en trop. Elle sera alors intéressante pour traiter les œdèmes. Grâce aux sels de potassium qu’elle contient, on observe chez la fumeterre une action diurétique intéressante.

À faible dose, la fumeterre se trouve être un tonique intéressant.
Ajoutons également qu’elle peut être une alliée de choix dans le traitement des dermatoses, notamment du psoriasis. En effet, elle contient de l’acide fumarique, qui est par ailleurs naturellement produit chez l’être humain à la surface de la peau exposée au soleil. Cependant, les personnes qui n’en produisent pas peuvent développer du psoriasis. La fumeterre vient alors pallier cela. Elle sera intéressante lorsque utilisée percutané.

Par voie interne, elle permettra de traiter les problèmes de peau, liés à une surcharge des émonctoires (foie et reins notamment). Selon l’usage traditionnel, la fumeterre pourra être employée contre l’eczéma.

La fumeterre pourrait avoir des effets bénéfiques lors de crises d’asthme, de part son action antihistaminique.

Une des particularités de la fumeterre est qu’elle offre des propriétés différentes en fonction de son dosage. Je l’ai dit plus haut, à faible dose elle sera tonique. Cependant, à haute dose et sur un temps plus ou moins prolongé, elle aura une action sédative, calmante, hypnogène. En effet, elle contient des alcaloïdes que l’on retrouve dans les papavéracées (les pavots). Elle aura également une action assouplissante sur les artères.
Mais, je vous conseille de vous tourner vers d’autres plantes pour ces usages, car la fumeterre se trouve être toxique à haute dose.

Justement, parlons dosage. La Commission E (un ensemble d’experts allemands de la santé) conseille un dosage moyen de 6g de plante par jour.
La dose journalière minimum active est de 2g.
De fait, si vous souhaitez employer la fumeterre en cure dépurative, préférez l’associer à d’autres plantes du même type, telles que les feuilles de cassis, le romarin, l’ortie ou encore les feuilles de bouleau. Ainsi, dosez en conséquence.

J’ajoute qu’il est préférable, si vous entamez une cure dépurative par la fumeterre à 6g/jour, de consulter votre médecin. De même qu’après une semaine de cure, vous observerez une semaine dite « fenêtre thérapeutique », c’est-à-dire une semaine sans prendre de fumeterre. Vous alternerez ainsi sur la durée totale de votre cure.

Pour terminer,

Nous venons de le voir, la fumeterre n’est pas avare en propriétés thérapeutiques. Bien trop souvent délaissée, voir méconnue, elle présente néanmoins quelques intérêts certains.
Son principal tropisme se trouve être le système digestif, et particulièrement le foie.
Peu onéreuse, simple d’utilisation, elle pourra être mise en valeur avec d’autres plantes dans le cadre de tisanes dépuratives. Bien qu’il faille rester vigilent, elle ne présente pas de dangers particuliers aux doses conseillées.

Je le disais au début de l’article, c’est une plante rudérale qui par conséquent, s’est trouvé une place de choix dans la médecine populaire. Aujourd’hui, elle mérite que l’on fasse lumière sur elle, non seulement parce qu’elle nous offre de nombreux bienfaits, mais aussi parce qu’elle est l’exemple même des précautions à prendre en phytothérapie.

En effet, nombreux sont les articles de phytothérapie où les auteurs mettent en garde contre l’utilisation de plantes toxiques, mais néanmoins utiles contre certains troubles.
Mais ce qu’il faut savoir, c’est que même les plantes dites « inoffensives » doivent mériter notre attention pour éviter les mauvaises utilisations. Paracelse l’avait bien compris, et la fumeterre, comme de nombreuses autres plantes, n’échappe pas à la règle : ce qui fait le poison, c’est la dose, en l’occurrence ici, la forte dose.

L’Apothicaire. 🙂

Fumaria5

Sources:
– J. Valnet, La phytothérapie. Se soigner par les plantes, Maloine, 2001.
– P.-V. Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, Omnibus, 2010.
– M. Dubray, Guide des contre-indications des principales plantes médicinales, Lucien Souny, 2010.
– A. Latif et al, Physico-chemical and phytochemical evaluation of Fumaria officinalis Linn. (Shantra) – An important medicinal herbal drug, 2012.

Images:
Wikipedia.en

Publicités
Cet article, publié dans Herbier, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour La fumeterre: l’humble dépurative

  1. La bonne saison pour vanter les mérites de cette plante. Merci L’apothicaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s